C’est sur ces mots que je me retrouve à mentir pour la première fois.
Il est là qui me regarde et me questionne, comme je ne répond pas ma maman prend la parole et lui dit que je suis tombé dans les escaliers.
Il voit que je baisse les yeux et demande à ma mère de quitter la pièce.Elle me regarde et me laisse lire dans son regard que je dois m’en tenir a ce qu’elle m’a dit.
J’ai 6 ans et me voilà propulsée dans un monde qui ne devrait pas être le mien…
L’homme qui se tient devant moi est un médecin, il examine ma jambe et le verdict du « tibia cassé » tombe.
Il me questionne, me dit « tu es tombé ? », j’hoche la tête comme pour appuyer son affirmation mais je n’ose pas affronter son regard.
Il comprend que quelque chose cloche alors il cherche à connaitre la vérité.
La phrase « Chut! Ne dis rien il va la tuer » tourne en boucle dans ma tête… J’ai peur et mal, je ne sais que dire mais mentir m’est insupportable.
Je ne suis pas douée pour faire ça alors je fuie son regard, je reste muette pendant qu’il continu à m’interroger.

Il m’explique qu’il est médecin, qu’il est tenu au secret médical et que je peux lui faire confiance.
Cet homme, qui pourtant n’est pas formé pour s’occuper des enfants étant donné que nous sommes dans un hôpital qui soigne plutôt les adultes trouve les mots…
D’un coup, ma langue se délie, je lui explique les circonstance de l’accident tout en répétant la phrase du « mais ça doit rester secret ! Je ne veux pas qu’il lui fasse du mal ! »
Il rempli la feuille tout en m’écoutant et m’explique ce qui va se passer. Je vais être endormie pour qu’on me remette les os l’un en face de l’autre étant donné qu’ils se sont légèrement déplacés et un plâtre sera mis en place.
Alors qu’il était inquiet et tendu lorsque je suis arrivée, il est plus tranquille et souriant maintenant.Il me rassure, me dit que tout ira bien.

Tout se déroule convenablement mais ils décident de me garder quelques jours en observation. Des infirmière me dessine des lapins et autres joyeusetés pour agrémenter le plâtre qui trône sur ma jambe.
Elles sont gentille et passent régulièrement me voir lorsque mes parents n’en ont pas la possibilité.
Au début lorsqu’ « IL » vient me voir, il ne me dit rien, ne cherche pas à savoir ce qui s’est passé. Je n’ai donc pas à mentir, me voilà rassurée.

Lorsque la date de sortie arrive enfin, le moment du retour qui suit est moins sympa, il pose la question fatidique… « Comment es tu tombée ? »
Je panique, bafouille et ne sais pas quoi répondre..J’ai si peur pour elle…

Elle ? c’est notre jument… Celle qui est parti au galop lorsque mes frères lui ont jeté de l’eau alors que j’étais à cru sur son dos.
C’est un amour qui n’a pas voulu ce qui est arrivé, c’est moi qui me suis éjectée lorsque j’ai senti l’impulsion de ses pâtes avant qui m’annonçait qu’elle allait se cabrer.
Je me suis éjectée et je suis mal retombée, elle n’y est pour rien… mais lui, le comprendra t’il ?

Encore une fois, je m’enferme dans mon mutisme et patiente pour laisser ma mère répondre à ma place.
Arrivé à la maison, je sors aussi rapidement que possible avec mes béquilles pour fuir cette atmosphère trop oppressante pour mes petites épaules d’enfant.

Longtemps, j’ai cauchemardé… Longtemps, je me suis vu arrivé dans le jardin et découvrir ma jument allongé sur le côté avec lui devant qui venait de l’éventrer tout en ayant un air satisfait.
Souvent, je me suis réveillée trempée de larmes.

Toujours, je l’ai haïs de nous faire peur de cette façon alors qu’il devait plutôt être notre pilier, notre réconfort et notre protecteur.
Cet homme, il remonte régulièrement dans mes pensées par diverses facteurs que je ne comprend pas. La page est pourtant tournée, je peux parler de lui sans pleurer ni souffrir depuis bien longtemps maintenant mais toujours des brides de souvenirs me reviennent.

Certain lui donnerait le nom « papa », moi je l’appel « géniteur ».

 

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